Lorsqu’un enfant commence à marcher, sa démarche est rarement parfaitement stable et symétrique. Ses jambes sont encore peu musclées, son équilibre est en plein apprentissage et ses pieds peuvent donner l’impression de partir légèrement vers l’intérieur ou vers l’extérieur.
Dans de nombreux cas, ces particularités font simplement partie du développement de l’enfant. Mais certains enfants présentent une instabilité plus importante, des pieds nettement valgus ou varus, une asymétrie entre les deux côtés ou encore une hypotonie de la cheville. Dans ces situations, le choix de la chaussure mérite une attention particulière.
Parmi les éléments à observer se trouve le contrefort, c’est-à-dire la partie relativement structurée située à l’arrière de la chaussure, autour du talon.
Contrairement à une idée parfois répandue, le rôle d'un contrefort n'est pas nécessairement de « corriger » le pied. Son intérêt est surtout de stabiliser davantage le pied à l’intérieur de la chaussure et de limiter certains mouvements latéraux excessifs. Nous parlons en boutique d'aider à axer la marche. Des travaux portant sur les chaussures thérapeutiques destinées aux enfants considèrent notamment le contrefort, la hauteur de la chaussure ainsi que la rigidité et la largeur de la semelle comme des éléments susceptibles d'influencer la stabilité médio-latérale pendant la marche.
Qu’est-ce qu’un pied valgus chez l’enfant ?
Dans un valgus du talon, observé de derrière, le calcanéum paraît s’incliner et le pied a tendance à s’affaisser vers l’intérieur.
Chez le jeune enfant, une certaine pronation ou un pied plat valgus souple est extrêmement fréquent. Cela ne constitue donc pas automatiquement une anomalie à corriger.
Avec la croissance, le développement musculaire et l’amélioration du contrôle postural, l’aspect du pied peut considérablement évoluer.
Toutefois, lorsqu'un valgus est particulièrement marqué, qu'il est associé à une instabilité lors de la marche, à de la fatigue, à des douleurs ou à des difficultés fonctionnelles, il mérite davantage d'attention. La littérature récente rappelle d'ailleurs qu'un pied plat flexible peut être considéré comme symptomatique non seulement en présence de douleur, mais également lorsqu'il existe une fatigue, une limitation fonctionnelle ou des anomalies importantes de la marche.
Dans ce contexte, une chaussure avec un contrefort suffisamment présent peut aider à mieux maintenir le talon dans la chaussure.
Elle ne « redresse » pas nécessairement le pied, mais elle peut offrir une base plus stable pendant la marche.
Et dans le cas d’un pied varus ?
Le varus correspond à une situation différente : le pied ou le talon présente davantage une tendance à partir vers l’extérieur, avec une charge pouvant être plus importante sur le bord externe du pied.
Toutes les formes de varus ne sont évidemment pas comparables. Certaines sont légères et fonctionnelles, tandis que d’autres peuvent être associées à une véritable déformation ou à une pathologie nécessitant une prise en charge médicale.
Un varus important ne doit donc pas être traité simplement en choisissant une chaussure plus rigide.
Dans certaines situations de trouble de la marche, cependant, une chaussure ayant un arrière correctement structuré peut contribuer à réduire les mouvements parasites du talon à l’intérieur de la chaussure et donner à l’enfant davantage de stabilité.
Les varus marqués, douloureux, rigides ou persistants doivent en revanche faire l’objet d’un avis spécialisé. Certaines formes de varus peuvent réellement compromettre la stabilité de la marche et modifier la répartition des appuis.
Une asymétrie entre les deux pieds mérite une attention particulière
Il est également fréquent de constater qu'un enfant ne pose pas exactement ses deux pieds de la même manière.
Une petite différence peut simplement être liée au développement moteur. Mais lorsque l’un des pieds s’affaisse nettement vers l’intérieur alors que l’autre reste beaucoup plus droit, ou lorsque l’enfant use systématiquement ses chaussures très différemment d’un côté, il est intéressant de l’observer davantage.
Dans ce cas, la chaussure doit avant tout être suffisamment stable pour ne pas amplifier l’instabilité existante.
Une chaussure extrêmement molle au niveau de l’arrière peut se déformer sous les contraintes exercées par le pied. Chez certains enfants présentant une forte asymétrie d’appui, on peut ainsi observer assez rapidement un arrière de chaussure qui « part » lui-même vers l’intérieur ou vers l’extérieur.
Un contrefort plus construit peut alors avoir un intérêt : il aide la chaussure à conserver davantage sa forme et à maintenir plus précisément le talon.
Mais une asymétrie importante ou qui s’accentue mérite également d’être signalée au médecin de l’enfant. La chaussure ne doit jamais masquer un trouble qui nécessiterait une évaluation.
L’hypotonie de la cheville : quand l’enfant manque de stabilité
L’hypotonie correspond à un tonus musculaire moins important.
Chez certains enfants, cela peut se traduire au niveau des membres inférieurs par une impression de cheville très souple ou instable. Le pied peut avoir tendance à s’affaisser davantage en charge et l’enfant peut rechercher naturellement une base de sustentation plus large pour conserver son équilibre.
Dans ces situations, le choix de la chaussure peut avoir un rôle fonctionnel particulièrement intéressant.
Un modèle très minimaliste n'est pas nécessairement adapté à tous les enfants.
Pour un enfant dont la cheville manque réellement de stabilité, une chaussure présentant un contrefort plus structuré et éventuellement une tige légèrement plus enveloppante peut procurer davantage de stabilité médio-latérale.
C'est justement l'une des situations dans lesquelles la littérature distingue les chaussures classiques des chaussures dites de stabilité ou thérapeutiques. Un consensus international de professionnels a notamment identifié le contrefort et la construction de l'arrière de la chaussure parmi les caractéristiques utilisées dans les chaussures visant à améliorer la stabilité de certains enfants présentant des troubles de mobilité.
Cela ne signifie cependant pas que tous les enfants hypotoniques doivent porter des chaussures rigides. L’importance de l’hypotonie et son origine doivent être prises en considération et, lorsqu’elle est réellement marquée, l’avis d’un pédiatre, d’un kinésithérapeute, d’un podologue ou d’un orthopédiste peut être nécessaire.
Le contrefort : maintenir sans bloquer
L'enjeu consiste donc à trouver le bon équilibre entre souplesse et stabilité.
Un bon contrefort ne signifie pas nécessairement une coque extrêmement dure qui bloque complètement le pied.
Une chaussure enfant peut parfaitement présenter :
- un talon correctement maintenu ;
- un contrefort relativement structuré ;
- une bonne tenue au niveau du cou-de-pied ;
- une semelle souple dans la zone de flexion des orteils ;
- suffisamment de largeur à l’avant-pied ;
- et une liberté de mouvement adaptée à l’âge de l’enfant.
C'est cette combinaison qui est intéressante.
À l'inverse, rendre toute la chaussure rigide sous prétexte de maintenir le pied peut empêcher certains mouvements naturels. Les études sur les chaussures enfant montrent que leur flexibilité, leur rigidité et leur conception peuvent modifier plusieurs paramètres de la marche.
Le message n'est donc pas : « plus la chaussure est rigide, meilleure elle est », mais plutôt : « le niveau de maintien doit être adapté au besoin de l'enfant ».
Pourquoi une chaussure totalement souple ne convient-elle pas forcément à tous les enfants ?
Ces dernières années, les chaussures très souples et les modèles barefoot se sont beaucoup développés.
Chez de nombreux enfants sans difficulté particulière de marche, ils peuvent permettre une grande liberté de mouvement.
Mais il serait tout aussi excessif d'affirmer qu'une chaussure extrêmement souple est forcément le meilleur choix pour tous les enfants.
Un enfant qui présente un valgus très marqué, une hypotonie importante ou une grande instabilité peut avoir besoin de davantage de structure autour du talon.
Le choix d'une chaussure enfant ne devrait donc jamais reposer sur une doctrine unique.
Certains pieds ont surtout besoin de liberté. D'autres bénéficient d'un peu plus de stabilité.
Le contrefort ne remplace pas une orthèse
Il faut enfin distinguer une chaussure avec un bon contrefort d'une véritable chaussure thérapeutique ou d'une orthèse prescrite par un professionnel de santé.
Dans certaines pathologies, des semelles, des orthèses ou des chaussures spécifiques peuvent être recommandées. Les études sur le pied plat flexible de l'enfant montrent que différentes interventions peuvent modifier certains paramètres posturaux ou fonctionnels chez des enfants sélectionnés, mais les résultats restent variables selon les situations.
Le vendeur de chaussures n'a donc pas vocation à établir un diagnostic ou à « corriger » une pathologie.
Son rôle est en revanche essentiel pour observer comment l'enfant se tient et marche, choisir une forme adaptée à son pied et proposer le niveau de maintien approprié.
Chez Pas des Anges, nous ne considérons donc pas qu'une seule catégorie de chaussures puisse convenir à tous les enfants.
Un enfant ayant des pieds stables et une bonne tonicité pourra parfaitement être à l'aise dans une chaussure extrêmement souple. Un autre enfant présentant un valgus important, une forte instabilité ou une hypotonie de la cheville pourra être plus confortable et plus sûr dans une chaussure avec un contrefort plus présent et un meilleur maintien du talon.
L'essentiel est de respecter la morphologie du pied et la motricité de chaque enfant.
Car bien chausser un enfant ne consiste ni à emprisonner son pied, ni à lui imposer systématiquement la chaussure la plus souple possible : c'est lui apporter la liberté dont il a besoin, avec le maintien dont il a réellement besoin.
