Voir un enfant se mettre debout puis faire ses premiers pas est une étape aussi attendue qu’émouvante. Pourtant, apprendre à marcher ne consiste pas simplement à poser un pied devant l’autre. Entre la naissance et environ 7 ans, le corps de l’enfant évolue considérablement : ses muscles se renforcent, son équilibre s’affine, ses pieds se transforment et sa façon de se déplacer devient progressivement plus proche de celle de l’adulte.
Au cœur de cette évolution se trouve une notion importante, mais encore peu connue des parents : le polygone de sustentation. Comprendre son fonctionnement permet aussi de mieux comprendre pourquoi le choix des chaussures est particulièrement important pendant les premières années.
Qu’est-ce que le polygone de sustentation ?
Le polygone de sustentation correspond à la surface au sol comprise entre les différents points d’appui du corps. En boutique, nous vous parlerons plus simplement de centre de gravité pour expliquer cette démarche de petits cow-boys.
Chez un adulte debout, les pieds sont généralement relativement rapprochés. La surface sur laquelle le corps peut s’appuyer pour conserver son équilibre est donc assez limitée.
Chez le tout-petit qui commence à marcher, c’est très différent.
Observez un bébé qui effectue ses premiers pas : il marche souvent les jambes écartées et les pieds relativement éloignés l’un de l’autre. Cette position augmente son polygone de sustentation et lui apporte davantage de stabilité.
On pourrait comparer cela à une construction : une base large est plus difficile à faire basculer qu’une base étroite.
Au fur et à mesure que l’enfant maîtrise son équilibre, son polygone de sustentation va naturellement se réduire. Les pieds se rapprochent, les pas deviennent plus réguliers et la démarche gagne en fluidité.
C’est un processus progressif qu’il est important de respecter.
De la naissance aux premiers pas : le pied se construit
À la naissance, le pied d’un bébé ne ressemble pas encore à celui d’un adulte miniature.
Il est souple, largement constitué de structures encore en développement et présente souvent un aspect relativement plat. Ce fameux « pied plat » du bébé est généralement physiologique : l’arche du pied se développe progressivement pendant l’enfance. Les études sur le pied pédiatrique montrent d’ailleurs que la posture du pied évolue avec l’âge et qu’un aspect plat chez un jeune enfant peut parfaitement faire partie du développement normal.
Durant les premiers mois, le bébé découvre également son corps.
Il bouge ses jambes, attrape parfois ses pieds avec ses mains, pousse sur ses appuis, se retourne, rampe puis se déplace à quatre pattes. Tous ces mouvements participent progressivement au développement de sa musculature et de sa coordination.
À cette période, lorsqu'il ne marche pas encore, il n'y a généralement aucune nécessité de lui faire porter des chaussures.
À la maison, lorsque les conditions de température et de sécurité le permettent, rester pieds nus ou avec une protection très souple permet au bébé de bouger librement ses orteils et de ressentir les informations provenant du sol.
Les premiers pas : un polygone de sustentation volontairement très large
Les premiers pas autonomes apparaissent à des âges très variables d’un enfant à l’autre.
Lorsqu’ils arrivent, la démarche du bébé est très différente de celle d’un adulte.
Ses pieds sont largement espacés. Ses bras peuvent être relevés ou écartés pour l’aider à s’équilibrer. Ses pas sont courts, son rythme irrégulier et les changements de direction demandent beaucoup de concentration.
Tout cela est parfaitement logique : l’enfant cherche avant tout la stabilité.
Son large polygone de sustentation lui permet de maintenir plus facilement son centre de gravité à l’intérieur de sa zone d’appui.
À chaque pas, son cerveau reçoit une quantité considérable d’informations provenant des pieds, des muscles, des articulations, de la vision et de l’oreille interne. Il apprend progressivement à coordonner toutes ces informations.
C’est pourquoi cette période n’est pas seulement un apprentissage musculaire : c’est aussi un extraordinaire apprentissage sensoriel.
La chaussure de premiers pas : protéger sans entraver
C’est justement pendant cette période que le choix de la chaussure prend toute son importance.
Une chaussure de premiers pas ne devrait pas avoir pour objectif d’immobiliser le pied. Elle doit principalement protéger le pied de l’environnement extérieur tout en lui permettant de fonctionner aussi librement que possible.
Une bonne chaussure de premiers pas doit donc offrir suffisamment d’espace pour les orteils, être adaptée à la largeur et au volume du pied de l’enfant et posséder une semelle suffisamment souple pour accompagner le mouvement naturel du pied.
Elle doit également rester correctement en place : une chaussure trop grande peut obliger l’enfant à modifier sa façon de marcher pour ne pas la perdre.
Les recherches comparant la marche chaussée et la marche pieds nus montrent effectivement que les chaussures peuvent modifier plusieurs paramètres de la marche, notamment la longueur des pas, leur fréquence, le temps d’appui et certains mouvements du pied et de la cheville. Cela ne signifie évidemment pas qu’une chaussure est mauvaise : elle est indispensable dans de nombreuses situations pour protéger le pied. Mais cela montre que la chaussure n’est jamais totalement neutre.
L’objectif est donc de choisir un modèle adapté qui interfère le moins possible avec le mouvement naturel de l’enfant.
Entre 2 et 4 ans : la marche devient plus sûre
Après plusieurs mois de pratique, la transformation est spectaculaire.
L’enfant tombe moins souvent, marche plus rapidement, commence à courir, grimpe, saute et change de direction avec beaucoup plus d’aisance.
Son polygone de sustentation commence progressivement à se réduire.
Il n’a plus besoin d’écarter autant les jambes pour rester stable. Les pas deviennent plus longs et plus réguliers. Le mouvement des bras devient également plus naturel.
À cet âge, les pieds continuent cependant à évoluer rapidement. Une paire de chaussures parfaitement adaptée quelques mois auparavant peut devenir trop petite sans que l’enfant ne se plaigne immédiatement.
C’est pourquoi il est particulièrement important de contrôler régulièrement la pointure.
La longueur n’est d’ailleurs pas le seul élément à observer.
Deux enfants portant la même pointure peuvent avoir des pieds totalement différents : fins, larges, dodus, avec un cou-de-pied plus ou moins important.
Choisir une chaussure enfant uniquement à partir du chiffre inscrit sous la semelle est donc insuffisant.
Entre 4 et 7 ans : vers une marche plus mature
Entre 4 et 7 ans, la motricité continue de se perfectionner.
L’enfant est désormais capable de courir, sauter, monter les escaliers, freiner brutalement, contourner un obstacle ou tenir en équilibre avec une facilité croissante.
Sa démarche se rapproche progressivement de celle de l’adulte.
Le polygone de sustentation se réduit, les pieds sont moins écartés pendant la marche et les différentes phases du pas deviennent plus fluides.
Mais le pied continue à grandir et à se développer.
C’est également une période durant laquelle l’enfant passe beaucoup de temps chaussé : école, récréation, promenades, activités sportives…
La qualité et surtout l’adaptation de la chaussure au pied de l’enfant restent donc essentielles.
Une mauvaise chaussure peut-elle perturber la marche ?
Toutes les chaussures n’ont pas le même effet.
Une chaussure trop petite peut comprimer les orteils et limiter leur liberté.
Une chaussure trop étroite peut ne pas correspondre à la morphologie naturelle de l’avant-pied.
Une chaussure trop grande peut glisser et obliger l’enfant à adopter des compensations pour la maintenir.
Une semelle excessivement rigide peut limiter certains mouvements naturels du pied.
Enfin, une chaussure très lourde ou très encombrante n’offre pas les mêmes sensations qu’une chaussure légère et souple.
Les données scientifiques montrent que la flexibilité et la conception de la chaussure peuvent influencer la biomécanique de la marche de l'enfant, même si la recherche ne permet pas d'affirmer qu'un modèle unique conviendrait à tous les enfants.
La morphologie et le stade de développement doivent toujours être pris en compte.
Souple ne veut pas forcément dire sans maintien
Il existe également une confusion fréquente entre souplesse et absence totale de structure.
Une chaussure peut être souple tout en étant parfaitement ajustée au pied.
Ce qui compte notamment est qu’elle accompagne les mouvements au bon endroit, qu’elle ne comprime pas les orteils, qu’elle soit adaptée au volume du pied et qu’elle reste correctement attachée pendant la marche.
Les systèmes de réglage – lacets, scratchs ou certaines combinaisons de fermeture – permettent justement d’adapter la chaussure à différentes morphologies.
À l’inverse, rechercher systématiquement une chaussure très rigide sous prétexte de « tenir la cheville » n’est pas nécessaire chez tous les enfants en bonne santé.
En présence d’une pathologie, d’une douleur persistante, d’une démarche très asymétrique ou d’une inquiétude particulière concernant les pieds ou la marche, il est en revanche préférable de demander l’avis d’un professionnel de santé.
Et les chaussures barefoot ?
Le développement des chaussures dites barefoot ou minimalistes répond justement à cette recherche de liberté de mouvement.
Ces modèles possèdent généralement une semelle très flexible, une forme relativement large à l’avant du pied et peu de différence de hauteur entre l’avant et l’arrière de la chaussure.
Leur objectif est de se rapprocher davantage des sensations de la marche pieds nus tout en protégeant le pied.
Elles peuvent être intéressantes pour de nombreux enfants, mais le mot « barefoot » ne doit pas devenir à lui seul un argument absolu.
La meilleure chaussure reste avant tout celle qui correspond au pied de l’enfant, à son âge, à sa façon de marcher et à l'utilisation prévue.
Faut-il laisser son enfant marcher pieds nus ?
Dans un environnement sécurisé, marcher pieds nus peut être une expérience très intéressante.
Sur différents sols adaptés – parquet, tapis, herbe ou sable par exemple – le pied reçoit de nombreuses informations sensorielles.
Mais la chaussure conserve évidemment un rôle essentiel à l’extérieur : elle protège contre le froid, les surfaces abrasives, les cailloux, les objets coupants ou les irrégularités du terrain.
Il ne s’agit donc pas d’opposer systématiquement « pieds nus » et « chaussures ».
Il faut plutôt considérer la chaussure comme un équipement de protection qui doit respecter autant que possible le fonctionnement naturel du pied.
Bien chausser un enfant, c’est accompagner son développement
Entre 0 et 7 ans, l’enfant connaît une évolution extraordinaire.
Le petit bébé aux pieds souples devient progressivement un enfant capable de courir, sauter et changer de direction en quelques années seulement.
Son large polygone de sustentation des premiers pas va progressivement se réduire à mesure que son équilibre et sa coordination s’améliorent.
Pendant toute cette période, ses pieds constituent de véritables capteurs au contact du sol.
Le rôle de la chaussure n’est donc pas de faire le travail du pied à sa place, mais de le protéger tout en respectant au maximum ses mouvements et sa morphologie.
Choisir des chaussures adaptées signifie prendre en compte la longueur du pied, mais également sa largeur, son volume, la souplesse du modèle, la liberté des orteils et le niveau de motricité de l’enfant.
C’est précisément pour cette raison que le conseil et l’essayage conservent toute leur importance dans le choix d’une paire de chaussures enfant.
Chez Pas des Anges, nous accordons une attention particulière à la morphologie de chaque enfant et à son stade de développement, notamment lors du choix des chaussures premiers pas. Parce qu’entre le premier appui hésitant et les courses dans la cour de récréation, le pied d’un enfant mérite avant tout une chaussure qui l’accompagne… sans l’empêcher de bouger.
